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Ma vie avec duchenne

La machine à parler avec les morts

                           

On a, de tout temps, essayé d’entrer en contact avec le monde des ombres et de rétablir le contact avec les chers disparus. Thomas Edison, le célèbre savant et industriel, s’y est essayé lui aussi. Mais en scientifique qu’il est, il s’est efforcé d’inventer une machine pour cela. Et il a consigné ses recherches dans un livre, réédité le 6 mars, “Le Royaume de l’au-delà”, qui mérite qu’on aille y faire un tour.

Victor Hugo, on le sait, ne se consolant pas de la disparition de sa fille Léopoldine, faisait tourner les tables à Jersey, en invoquant les esprits et en espérant que sa chère enfant, de là où elle se trouvait, lui répondrait. En bon scientifique qu’il était, Thomas Edison, pour sa part, ne croyait pas au spiritisme, dont il disait sans ambages que « les méthodes et les appareils utilisés par ses adeptes ne sont qu’un fatras d’inepties ». Lui aussi, pourtant, était hanté par ce désir d’établir le contact avec le monde des disparus. Il passa même les dix dernières années de sa vie à travailler sur une machine dont il pensait qu’elle lui permettrait de franchir les frontières de l’inconnu et de se frayer une voie vers le royaume des ombres. Il consigna ses recherches dans un traité qui fut publié après sa mort, dans la huitième et dernière partie de son autobiographie. Or, curieusement les rééditions qui en furent données par la suite furent toutes amputées de ce texte, jugé sans doute ne guère convenir à la figure posthume d’un esprit scientifique et logique, et dont la transmission fut finalement assurée par une traduction française qui en avait été faite en 1949 et qui n’a jamais été republiée depuis.

C’est ce texte rare, totalement oublié, que l’éditeur grenoblois Jérôme Millon est allé dénicher et publie aujourd’hui, fidèle en cela à une politique éditoriale qui a toujours privilégié les textes originaux, souvent marqués du sceau de l’étrange et du pittoresque. Ainsi en fut-il de ce texte de l’Abbé Boileau, le frère du poète, condamnant “l’Abus des nudités de gorge” dans un traité s’élevant contre la mode à son goût trop décolletée de son temps ; ou encore de ces curiosa que sont “L’Art de se taire” de l’obscur abbé Dinouart, ou la “Dissertation sur les vampires” de Calmet Dom Augustin, ou encore ce petit bijou qu’est “L’Art du mensonge politique” du grand Jonathan Swift.

« Je suis convaincu que notre personnalité subsiste dans l’au-delà »
Dans son traité sur “le Royaume de l’au-delà”, Edison envisage donc de façon qu’il veut scientifique le problème de la communication avec les morts. Il part de l’idée que, selon lui, « la vie est indestructible « et « qu’il a toujours existé, sur cette planète, une quantité déterminée, immuable, de vie ». Notre corps, explique-t-il, est constitué par des myriades d’unités de vie, d’entités infinitésimales, de cellules, « et ce sont les habitants de ces cellules, trop petits pour être décelés sous le microscope, qui vitalisent et gouvernent notre corps. » Lorsque le corps meurt, ce qui fait la constituante globale de l’individu disparaît, mais les cellules, elles, continuent à vivre de façon indépendante. Et c’est donc avec ces unités de vie, qui survivent, qu’il s’agit d’entrer en contact.

Il imagine pour cela un appareil, dont un croquis est reproduit dans le livre, qui entend capter, par un large écouteur en forme de trompe, les ondes émises par les entités vivantes dans l’au-delà de la mort. Ses recherches sont, d’ailleurs, contemporaines d’un certain nombre d’autres entreprises cherchant dans les mêmes années ce type de communication avec l’au-delà, menées par d’autres savants passionnés par le problème. Dans un texte de commentaire très nourri, qui introduit au texte de Thomas Edison, Philippe Baudouin fait le point sur ces appareils qu’il appelle des “machines nécrophoniques”, et sur toute une série d’expériences, entre le farfelu, l’étrange et l’intrigant, qu’elles entraînent.

« Je suis convaincu, disait Edison, que notre personnalité subsiste dans l’au-delà car, si elle disparaissait, pourquoi la nécessité d’un au-delà ? » La question ne manque pas de piquant, ni de profondeur. Elle l’amène, en tout cas, à penser que « si elle survit, il est logique d’affirmer qu’elle a gardé la mémoire et l’intellectualité », et que, du coup, si on réussit à établir le contact avec elle, elle pourra se faire entendre. Rêve de savant fou, élucubration de cerveau malade, ou foi positiviste dans les vertus de la science ? Au carrefour des deux, sans doute… Avec, malgré tout, cette réalité bien concrète : en permettant d’entendre, par le phonographe, la voix d’artistes disparus depuis longtemps, Edison, même s’il n’est pas parvenu à mettre sur pied le nécrophone dont il rêvait, a néanmoins réussi à inventer un appareil grâce auquel on peut entendre, bel et bien, la voix des morts…

Source : ledauphine

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